
Jan Figel, Slovaque, 47 ans, est Commissaire européen en charge de l'éducation, de la formation, de la culture, des relations avec la société civile et du sport.
Il évoque avec enthousiasme les enjeux de l’année 2007, les 50 ans du Traité de Rome et les 20 ans d’Erasmus.
« La vie, c’est le changement. L’Europe est une cible mouvante ». Enthousiaste et simple, le jeune commissaire en poste depuis fin 2004, insiste sur la responsabilité des citoyens dans la construction européenne. En 2007, la société civile va profiter de nouveaux programmes, « car l’Europe ne bougera pas sans ses 500 millions de citoyens ». Je suis reçue à la Commission. Les pères de l’Europe nous observent du coin de l’œil. Jan Figel a un air de ressemblance avec Adenauer.
Citoyens et jeunes
La jeunesse prend par aux débats sur l’avenir de l’Europe. Le programme Erasmus reste de loin le plus renommé. Son budget va tripler (3 milliards d’euros pour les 7 ans à venir, contre 1 milliard, ces 6 dernière années). L’Europe se nourrit de son impact sur les destins individuels des étudiants.
Le processus lancé à Bologne va être intensifié pour améliorer la reconnaissance des diplômes, rendre les système éducatifs et universitaires compatibles. En effet, le dialogue interculturel lie entre elles les sociétés européennes. Il passe néanmoins par l’apprentissage des langues et par l’expérience de la diversité. « Dans les temps d’oppression, les universités étaient fermées ». Jan Figel insiste sur ce symbole : « nous devons retenir cette leçon de l’histoire, pour renouer avec l’Europe des inventions et de la Renaissance, celle de l’ouverture aux savoirs ».
Les programmes de formation et d’éducation ont d’ailleurs beaucoup d’émules en Europe Centrale, car ils préparent l’avenir. Ambitieux, le programme « l’Europe pour les citoyens » combine citoyenneté et culture. Chaque pays a sa culture, notamment politique. Pour le commissaire, « elles font la richesse de l’Union Européenne, comme 27 morceaux d’une mosaïque ». En Slovaquie, par exemple, la relation à l’Europe est facile, tandis qu’elle est traditionnellement plus sceptique en République Tchèque. « Les deux pays participent aux discussions pourtant autour de la même table, en confiance, c’est l’essentiel ».
La mosaïque élargie
Entre 1998 et 2003, Jan Figel a été négociateur principal pour l'adhésion de la République Slovaque à l’Union Européenne. Ce fut un moment historique au sens propre du terme : « c’est une part d’histoire qui ne se répète pas ». Les négociations d’adhésion ont été difficiles, mais pourtant « inoubliables ». En 1998, la Slovaquie restait exclue du processus d’adhésion, contrairement à la République Tchèque, la Pologne et la Hongrie. De fait, les 15 jugeaient insuffisante la protection des minorités. Aujourd’hui, elles sont représentées à tous les échelons, local, régional, national.
Invitée à Helsinky en 1999, la Slovaquie a quitté « une demi-isolation, dont souffre aujourd’hui la Serbie ». Elle est unie aux autres pays ex-communistes, non par idéal, mais en gage de maturité. Jan Figel précise en effet un enjeu politique essentiel : « L’intégration doit se passer où l’on vit, avec ses voisins, et non a Bruxelles ». Il faut régler les problèmes ensemble, comme ceux liés à l’espace Schengen.
La Constitution et le plombier polonais
Pourtant, aujourd’hui, l’Europe à 27 marque la saturation des traités, car aucun pays ne peut plus rejoindre l’Union. Le système envisagé par Nice est « comme une paire de pantalon trop étroite ». Jan Figel a signé le nouveau Traité de Rome pour la Slovaquie. Il avait préparé le Traité au sein de la Convention sur l'avenir de l'Europe entre 2002 et 2003, comme représentant du Conseil national de la République Slovaque.
Pour les 105 conventionnels, chargés de mettre au point le Traité Constitutionnel Européen, les modes de négociations ont évolué alors de façon capitale. L’Assemblée Constituante a permis une négociation transparente et légitime. Les conventionnels ne siégeaient ni par famille politique, ni par nationalité, mais par ordre alphabétique. L’euphorie est retombée en mai 2005, certes. Mais les réflexes de travail ont changé.
Le sauvetage la Constitution est légitime. L’initiative de la présidence allemande est d’autant plus symbolique que l’Allemagne est un pays fondateur, dont la réunification a été une base pour l’élargissement à l’Europe de l’Est. Angela Merkel a engagé des dialogues individuels avec chaque pays, des « confessions » dans le jargon européen.
Car «l’Union Européenne, ne se limite pas à Bruxelles », les Etats y engagent leur responsabilité, leurs citoyens. La simplification mène au scepticisme, au sentiment de distance et d’incompréhension.
« Ce n’est pas le sentiment, mais bien la conscience de former l’Europe qui compte. L’Union Européenne n’est pas une petite entité quelque part. Ce sont 500 millions de personnes, libres, et réunies qui grandissent ensemble, non sans question et sans peur. L’Europe c’est la Tour de Babel. Si l’on regarde 50 ans en arrière c’est un succès. Il ne faut pas avoir peur du plombier polonais, on a besoin de lui».

(Financial Times 27/01/07)
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