et d'espace...

... pour quelques articles, photos et interviews collectés au fil de lectures et de pérégrinations en Europe et en Afrique.

 

Mardi 19 juin 2007

Superbe site de photo, http://afriqueinvisu.org/, aller sur "Galerie". 

A ne pas manquer : les photos des teinturiers au Maroc, Bamako et Mopti, Notre album Photo.  

A savourer, quand on a déjà vu ces pays et qu'on a raté les studios de photos au décor tout kitsch. Petite précision: je ne connais pas ce couple de jeunes photographiés.

Photo: droit réservé

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Lundi 18 juin 2007

Je ne peux que vous encourager à jeter un coup d'oeil attentif aux journaux que nous avons conçus du début à la fin de nos petites mains lors du festival de théâtre de Sarrebrück. Le graphisme est l'avenir de l'écrit!

premier journal

deuxième publication

troisième édition

quatrième jet

ultime bafouille

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Vendredi 15 juin 2007
Le sacre commence sous l´orage. On imagine la chaleur pesante du début de la saison des pluies. Deux pantins s´animent  dans le noir, mimant une scène de pro-création. Un film est projeté dans le fond. Ne pas y voir Adam et Eve.

Les premières mesures de Stravinsky résonnent,  le chant de la terre, qui bout, qui tremble. Le choc, 14 danseurs s´avancent en se desarticulant : ils sont noirs, en maillot de bain colorés. Murmures dans la salle, surprise manifestement.

Avec vigueur et force, la danse s´affirme, peu subtile pourtant. Des poses intéressantes, en chaine humaine font partie des belles images. La lutte au sein de la communauté pour choisir l´élue est violente. Soudée puis divisée. De même pour chacun des couples qui se livre à des gestes safistes. Les femmes sont prises, caressées, puis mises à terre. Image de la fertilité encensée et violentée.

On pense à la place des femmes dans la société africaine: nourritrice et génitrice, au Sida, aux économies de bout de chandelle qui exigent des sacrifices tous les jours, au poids des rituels et des croyances nécessaires à la survie du groupe.

Heddy Maalem nous emmène dans l'Afrique qui souffre en multipliant les symboles. Une femme allongée, cuisses ouvertes face au public. (La naissance du Monde revisitée). Un homme pris d´une crise de spasmes. Pourtant, l´impression générale est que la chorégraphie pêche par manque d´esthétisme et de grâce. Les beaux danseurs s´épuisent à donner des coups de tête. La fin est abrupte. Si ce sacre veut focuser sur la beauté des corps, pourquoi les martyrise-t-il ?
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Vendredi 15 juin 2007
« On va vous raconter des p´tites conneries, comme ça, voilà… » Emily Loizeau  annonce la couleur avant de s´installer au piano. M´selle Emily ne tient pas sur son siège, elle gigote, se cambre, sautille.

Dans sa robe blanche, enfantine, elle multiplie sourires et caprices, s´arrête de jouer, lance un cri de guerre, repart à un rythme effréné. Sa voix s´éraille à la Jeanne Moreau, à la Piaf, s´assombrit sur des mouvements de boogie woogie, de blues, puis s´éclaircit sur des comptines.

Entourée de ses deux accolytes, le violoncelliste Olivier Koundouno, chaloupant et fredonnant au centre, et le batteur Cyrille Avêque sur la droite, elle nous transporte dans un drôle de bastringue bariolé. La salle est surprise, attentive à la diversité et à la richesse des chansons. Elle applaudit chaque morceau à tout rompre.


 « J´en ai mangé des guimauves, maintenant j´en ai ma dose, j´ai jeté toute ma bibliothèque rose. » Ou encore : « Je te fais cadeau d´une concession, au cimetière de Jasseron. » Les images, les fables, les jeux d´enfance inspirent le répertoire : mariage sous le préau, fée assassine, scène de jalousie. Le public roucoule.

Révélée en France avec son album L´autre bout du monde, et sa chanson du même nom qui ouvrait le concert, Emily Loizeau réussit à passer la frontière grâce à des mélodie très soignées et une verve, dans la droite lignée des grandes petites dames de la chanson française.

Pour en savoir plus sur les facéties de ce p´tit bout d´femme:

Site internet : http://www.emilyloizeau.net
Clip de Jalouse : http://www.emilyloizeau.net/index2.html
Album: L´autre bout du monde, Fargo, 26 euros

Par Clotilde de Gastines - Publié dans : Crapahutages
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Jeudi 14 juin 2007
Heddy Maalem, chorégraphe franco-algérien, est à Sarrebruck pour présenter son Sacre du Printemps.

Heddy Maalem s’attaque à la célébrissime partition du ballet en deux actes d´Igor Stravinsky : Le Sacre du printemps crée en 1913 au Théâtre des Champs Elysées à Paris par les Ballets Russes de Diaghilev. Les plus grands chorégraphes, de Maurice Béjard à Pina Bausch en passant par Angelin Preljocaj, d’ailleurs présent au festival l’an dernier, s’y sont confrontés.


Piqure de rappel: l’œuvre est centrée autour de la nature. Deux tableaux révèlent sa duplicité : hostile et fertile à la fois. Avec l’adoration et le sacrifice, les hommes procèdent à des rituels pour provoquer le printemps, la renaissance de la nature et une jeune femme, par définition fertile est désignée pour sauver la communauté, c´est l´Elue.


Heddy Maalem, dont la compagnie s’est installée à Toulouse en 1989, choisit de faire évoluer sur scène 14 danseurs originaires d´Afrique de l´Ouest et de Guadeloupe. La scène est transposée à Lagos, capitale du Nigeria, où explique-t-il : « on ne sait pas de quoi le lendemain sera fait ».

ENTRETIEN :

Présentez-nous votre parcours

J’ai 56 ans, et je me suis venu à la danse que vers 28 ans. En 1989, quand j´ai fondé ma compagnie j´avais à peine 40 ans. Pendant mes études d´arabe aux langues orientales, j´étais très sportif et intéressé par les pratiques corporelles (boxe et aïkido). Après mes études, j’ai été dans un premier temps professeur d´aïkido. Toutes ces pratiques orientales, c’était la mode dans les années 80. Plus tard, je me suis initié aux arts mariaux japonais, et de là à la danse contemporaine. J’ai été happé par la passion d´écrire et de créer un langage du corps.

Présentez-nous votre compagnie
Nous sommes deux dans la Compagnie, nous sommes installé à Toulouse, à proximité de ma famille. Je suis un peu un franc –tireur, même si mon parcours peut sembler chaotique, il est cohérent. Je pense d’ailleurs avoir acquis un statut de chorégraphe indépendant, je suis programmé dans les danses d´auteurs. La chorégraphie d´auteur a peu de moyen, c´est les revers de la médaille. Mais nous sommes sollicités, nous répondons à des demandes. Ce sont des opportunités qui se présentent et qu´il faut saisir. Et on a aussi des projets très ambitieux. Quand on n’est pas dans l’institutionnel, il faut créer, c’est une nécessité. Il faut de la chance aussi.

Pourriez-vous expliquer l’analogie de titre entre Black Spring, que vous avez créé en 2000 et Le Sacre du Printemps ?
Ce n´est pas fait exprès, en fait j´ai eu l´opportunité d’aller en Afrique. Un des mes amis m’a conseillé d’organiser un workshop à Lagos, il y a un potentiel, essaie de voir ce que tu peux faire, má-t-il dit. J´ai eu envie de faire un Sacre du Printemps, puis j´ai eu peur, parce que c´est quand même costaud. Donc j’ai appelé cette création Black Spring. Quatre ans après, j’ai eu la possibilité de monter le Sacre du Printemps. Et comme, j’avais déjà de l’expérience avec des danseurs africains… En fait, pour avoir le culot de faire un énième Sacre, il fallait le prendre par un biais très singulier. L´Afrique permet de montrer une autre facette du corps humain et de l´altérité. C’est aussi une façon de mettre les pieds dans le plat des grands discours sur l´homme noir.

Avez-vous abordé l’œuvre avec ambition ou humilité ?
Les deux. Je n’ai pas eu le choix. Il faut de la modestie parce qu’on est écrasé par le poids de la référence. Celle de Pina Bauch, celle de Maurice Béjard. Il y a des Sacre très singuliers, qui contournent la musique. Il faut voir la pièce sur la durée, parce qu´on peut créer des belles images, qui ne tiennent pas en haleine. Si on n’est pas à la hauteur de la partition, ce totem de l´art occidental. Choisir le continent africain, où l’on danse encore beaucoup, c’était un peu racler deux mondes.

Les danseurs connaissaient-ils la musique ?
Deux d’entre eux seulement. Je leur ai donné un disque quand ils ont signé leur contrat, qui les a laissé sceptiques. Petit à petit, ils ont fini par l’aimer et l’apprécier avec leur corps et sans que quelqu’un leur dise que Stravinsky est génial, ou qu’il faut se prosterner devant cette musique. D´avoir assister à ça, ça a été un grand moment. 

Quelle est la part d’improvisation et de composition dans le Sacre ?
La création est un échange permanent avec les danseurs, une traversée, un voyage avec des accidents. On dévale une pente, et on ne pourra pas la remonter. C´est un mouvement créateur, qu´on ne peut arrêter. Le plateau est parfois une énigme. Le groupe du Sacre se tient depuis trois ans.

Comment définissez-vous le passage du Sacre dans votre vie?
C´est une aventure, comme un voyage. Un investissement d´énergie énorme, beaucoup d´angoisse à la réception à cause de critiques acerbes, comme c´est souvent le cas dans notre chère France. On m´a même taxé d´exotisme. Petit à petit, la pièce s´est imposée, on part à New York, en Russie. On ne l´a pas encore jouée en Afrique, car les infrastructures sont trop modestes, mais on pourrait le jouer en plein air comme a Châteauvallon en Provence. Au niveau artistique, c´est une grande satisfaction. D’ailleurs, le seul moment de répit dans ce métier, c´est le moment des applaudissements.

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