Les agents des douanes du port d’Anvers procèdent à une traque minutieuse des denrées alimentaires à risque. Reportage
Les entrelacs rouillés de câbles, de rails et de grues, à perte de vue, côtoient des containers empilés comme des Lego. Anvers sur
l’Escaut, deuxième port d’Europe, quatrième du monde. Le port anversois est un goulet d’étranglement pour 160 millions de tonnes de marchandises et 70.000 navires qui y passent chaque année.
Véritable check pointdes flux maritimes de marchandises, Anvers seconde Rotterdam. Visite dans l’envers du décor douanier.
«L’an dernier, on a trouvé du riz génétiquement modifié non-autorisé, des mycotoxines cancérigènes dans des pistaches, du café et de la nourriture pour chien, ainsi que
d’autres substances cancérigènes, comme du plomb ou du cadmium sur des emballages alimentaires, égrène Gil Houins, responsable de l’Agence Fédérale pour la Sécurité de la Chaîne Alimentaire
(AFSCA). Le consommateur est de plus en plus exigeant. C’est pourquoi, l’AFSCA examine chaque année 60.000 échantillons de produits
importés d’Europe et de pays tiers, avant qu’ils n'arrivent dans nos supermarchés ». Les produits circulent ensuite en toute liberté en Europe, en Norvège, au Liechtenstein et en
Islande.
Contrôles ciblés
Si un produit pose problème, le système d’alerte rapide pour les denrées alimentaires et les aliments des animaux (RASFF) prévient dans l’immédiat les 27 Etats
membres. La Commission européenne souhaite à présent généraliser ce système à l’échelle mondiale. L’idée ambitieuse a déjà fait l’objet de plusieurs propositions devant l’OMS et le FAO. «Ce
système existe depuis 1979, explique Eric Poudelet, responsable du RASFF. Il s’est amélioré au fil des crises sanitaires de la vache folle, de la dioxyne et de la grippe aviaire. Avant
2001, il concernait seulement les produits échangés entre Etats membres. A présent, tous les produits importés sont répertoriés ».
En Europe, le RASFF s’avère un maillon solide de la chaîne alimentaire. La preuve à Anvers. Première étape, contrôle d’identité au poste d’inspection frontalier.
Chaque container est ouvert par deux manutentionnaires. L’un d’entre eux se faufile, tel un spéléologue, dans le ventre de tôle pour en tirer un carton. Les papiers d’importations et les
emballages certifient que le pays, l’établissement d’exportation et le produit sont autorisés. Vient ensuite le contrôle physique. Un échantillon est prélevé, sur un paquet de crevettes de
Malaisie, décongelé au micro-ondes pour un premier examen sanitaire.
Passé sous la loupe des laborantins du port, l’échantillon est ensuite envoyé à un laboratoire accrédité pour une analyse plus détaillée. On ne badine pas avec
les produits asiatiques. Le risque de résidu de métaux ou d’antibiotiques est encore trop élevé.
Faute de temps et de moyen, tout n’est pas systématiquement testé. Le seul pays surveillé à 100% est l’Indonésie. Les containers doivent en effet continuer leur
route pour ne pas paralyser le port. En cas de problème, le système RASFF informe immédiatement tous les pays européens de la dangerosité du produit.
Cette année, le plus grand nombre d'alertes concerne les produits de la pêche (21%), suivis de la viande et des produits carnés (13%). Ces chiffres influent sur
la proportion de contrôle minimum à appliquer pour l’an prochain, comme le précise M. Houins. « L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) indique un dose de contrôles
obligatoires, basée sur l’analyse de risques du RASFF: par exemple, la moitié des containers de crevettes, de volaille et de lait. La multiplicité des contrôles aux 320 postes d’inspection de
l’Union garantit la sécurité des consommateurs», conclut-il.
Sur les docks, les machines engloutissent quelques silhouettes humaines en bleu de travail. Des camions sans chargement filent à grande vitesse. A quai, une
dernière inspection a lieu sur des containers suspects. Pour gagner du temps, le port d’Anvers s’est équipé de deux scanners. Cinq minutes suffisent pour passer un camion entier aux rayons X. La
cargaison apparaît alors en deux coupes verticale et horizontale sur un écran de contrôle. Grâce à cette méthode, impossible pour un carton de poulet chinois interdit, des paquets d’ecstasy ou de
cigarettes, des objets radioactifs de passer inaperçu au milieu d’un container de chaussures ou de sièges de WC.
Paru dans Le Soir, 7 juillet 2007
Photo: Clotilde de Gastines
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